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Des idées... et des Hommes

"La forêt comme alliée et la finance verte comme levier". Nous pensons la Guyane comme le laboratoire amazonien de la transformation soutenable. Ici nous vous partageons nos inspirations, ambitions et réflexions dans l'atteinte de cet objectif.

Choose Outre-mer : 6 milliards annoncés, combien pour la Guyane ?

La Guyane peut tirer profit de Choose Outre-mer, à condition de s'en donner les moyens. Son blocage tient en un constat : le seul projet guyanais identifié parmi la centaine recensée au sommet est porté par un grand groupe, pendant que les PME locales, absentes des annonces, encaissent une vague de défaillances. Cet article explique pourquoi les entreprises guyanaises restent en dehors de ces annonces et détaille comment elles peuvent y entrer, avec des dossiers opérables, finançables et socialement acceptables, avant le bilan promis pour la fin de l'année.

Faisabilité : Sous conditions.

Verrou : les défaillances d'entreprises ont bondi de 40 % en un an en Guyane, contre 14,9 % pour l'ensemble des DROM. Les PME, cible première du fonds, sont aussi les plus exposées[1].

Clé : Outre-mer One, fonds à impact géré par INCO Ventures, avec un premier closing visé à 34 M€ et une cible de 50 M€. Il cible notamment les ressources naturelles, le terrain de la bioéconomie guyanaise[2].

Ce que le sommet a mis sur la table

Ils étaient plus de 150 entreprises, investisseurs et décideurs publics, le 1er octobre 2026, à la Banque de France. Énergie, infrastructures, déchets, économie bleue, tourisme, agroalimentaire, spatial : l'inventaire des secteurs ressemblait à un catalogue des ambitions ultramarines[3]. Le soir venu, le ministère des Outre-mer a dressé son bilan : une centaine de projets, près de 6 milliards d'euros d'investissements publics et privés, des conventions avec Bpifrance, France Travail et Business France, et 2 000 candidats pour 1 000 offres d'emploi. Pour la Guyane, une seule ligne : l'unité de valorisation des déchets d'Idex à Macouria, 250 millions d'euros[4].

Au-delà des chiffres, Paris voulait changer de récit. Naïma Moutchou a posé la formule : les Outre-mer ne doivent plus être seulement « des territoires que l'on soutient, mais des territoires dans lesquels on investit ». La ministre s'engage sur un premier bilan territoire par territoire avant la fin de l'année, avec les projets avancés, les dossiers présentés au fonds et les financements débloqués[5]. Ce futur rendez-vous séparera les engagements des effets d'annonce.

Outre-mer One porte cette nouvelle doctrine, mais les proportions invitent à la lucidité. Avec 34 millions au premier closing, le fonds représente environ 0,6 % des 6 milliards annoncés. Ce n'est pas un robinet, c'est un tamis. Ses trois axes dessinent pourtant une carte lisible pour la Guyane. Les ressources naturelles parlent à la filière bois et à la bioéconomie. La décarbonation cible la gestion des déchets et l'énergie. La transition sociale et l'inclusion intéressent un territoire où l'emploi reste la première urgence. Le fonds retiendra les projets les mieux préparés, portés par des entreprises assez solides pour convaincre un investisseur exigeant.

Reste à savoir qui, en Guyane, est prêt à passer au tamis.

La Guyane, plus de potentiel que de dossiers

Sur le papier, la Guyane avait de quoi occuper le devant de la scène. Spatial, forêt et bioéconomie, ressources minières, numérique, recherche... l'ambition affichée est d'en faire un pôle européen du spatial et de la valorisation durable des ressources amazoniennes. Triton Timber Guyane figurait parmi les entreprises présentes[6]. Le bilan public, lui, ne retient qu'un projet chiffré, l' unité de valorisation énergétique (UVE) portée par Idex à Macouria. Avec 250 millions d'euros, il pèse à peine plus de 4 % du total annoncé.

Le territoire n'est pourtant pas à l'arrêt. Selon l'IEDOM, les crédits d'investissement ont progressé de 9,3 % en 2025, après 11,4 % l'année précédente. Les grands chantiers s'empilent : centrale bioénergie du Larivot (600 M€), second pont du Larivot (190 M€), centrale biomasse de Sinnamary (145 M€), cité judiciaire de Saint-Laurent-du-Maroni (90 M€)[7]. Au total, 1 025 millions d'euros, ce sont des infrastructures publiques ou énergétiques, pas des projets de PME prêts pour un fonds à impact. Voilà le paradoxe guyanais : l'argent circule, mais les entreprises locales restent presque invisibles.

Les chiffres des Échos éclairent ce paradoxe. Une PME qui voit sa trésorerie fondre consacre ses forces à tenir, pas à rédiger un plan d'affaires sur cinq ans. Retards de paiement, coûts d'approvisionnement, commande publique irrégulière : chaque choc brûle l'énergie qui manquera ensuite pour bâtir un dossier. La résorption des défaillances n'est donc pas un sujet parallèle à Choose Outre-mer. Elle en est la condition préalable.

La Guyane n'a pas à rougir des montants, avec 250 millions d'euros, Macouria arrive en tête des projets cités. En Martinique, Idex encore, prévoit 225 millions d'euros pour moderniser l'incinérateur de Fort-de-France et créer un centre au Robert. La Guadeloupe annonce un four à combustibles solides de récupération de 100 millions. La Réunion mise 43 millions sur une usine de nanoparticules d'or destinées au traitement du cancer[8]. Le constat se répète d'un territoire à l'autre; tous ces projets sont de grands équipements, souvent portés par les mêmes opérateurs, or le fonds a vocation à financer la croissance des TPE et PME ultramarines[9].

Tableau 1 : Projets chiffrés mis en avant au sommet Choose Outre-mer
TerritoireProjet citéMontant
GuyaneUnité de valorisation énergétique, Macouria (Idex)250 M€
MartiniqueIncinérateur de Fort-de-France et centre au Robert (Idex)225 M€
GuadeloupeFour à combustibles solides de récupération100 M€
La RéunionNanoparticules d'or contre le cancer43 M€

Une éclaircie est venue de la scène. La start-up guyanaise Solicaz a remporté le concours de pitchs dans la catégorie « Décarbonation et souveraineté économique ». La démonstration est faite : un dossier ancré dans un besoin réel, et traduit dans la complexité territoriale, s'impose à tout l'outre-mer.

Les 6 milliards méritent enfin une lecture attentive. Selon une analyse critique, au moins 380 millions d'euros du bilan correspondaient à des projets connus avant le sommet[10]. Pour un décideur guyanais, la question utile n'est pas « combien au total ? », mais « combien de neuf, et accessible chez nous ? ». Stratees défendait encore cette exigence de redevabilité dans un récent article intitulé « Évaluation des politiques publiques : le CESECE Guyane propose de passer de la dépense à la preuve ». Par ailleurs, la Guyane dispose dans son jeu d'une carte qu'aucune île ne possède : une frontière terrestre avec le Brésil et le Suriname, donc un marché continental à inscrire en première page de chaque dossier.

Encore faut-il s'organiser à temps, car le calendrier ne laisse guère de marge.

Trois chantiers d'ici fin 2026

Figure 1 : Calendrier Choose Outre-mer et échéances à venir
1er oct. 2026 Sommet, Outre-mer One, Solicaz primée 12 oct. 2026 La ministre fixe ses priorités Fin 2026 Premier bilan par territoire 16-18 mars 2027 Choose NC à Nouméa Cercles pleins : étapes passées. Cercles vides : échéances à venir.

La Nouvelle-Calédonie prépare déjà son propre sommet, Choose NC, du 16 au 18 mars 2027 à Nouméa[11]. Aucune date n'est encore fixée pour une deuxième édition de Choose Outre-mer. Trois chantiers s'ouvrent donc pour la Guyane.

Premier chantier : frapper aux bonnes portes dans les trois mois qui viennent. Le sommet n'a pas ouvert d'appel à projets propre. Les guichets existent, il faut les solliciter : Outre-mer One pour les fonds propres, Bpifrance pour le financement, Business France pour l'export. Une entreprise de la bioéconomie (une scierie par exemple) a dès aujourd'hui matière à monter un dossier sur l'axe « ressources naturelles » du fonds.

Deuxième chantier : bâtir les dossiers avant le bilan de fin d'année. Le Pacifique a ouvert la voie. Ses chambres consulaires ont signé avec Business France pour repérer les projets à potentiel export, renforcer les compétences locales et faciliter l'accès aux financements[12]. La CTG, la CCI et la CMA de Guyane ont tout pour reprendre ce modèle. La méthode tient en trois temps : repérer une dizaine projets, consolider d'abord la trésorerie des PME fragilisées, puis les hisser aux standards des investisseurs (design financier, cadrage juridique, tableau de bord d'impact territorial, note de capitalisation, débouchés régionaux). Prenons une PME de transformation du bois de quinze salariés à Saint-Laurent. En novembre, elle stabilise sa trésorerie avec Bpifrance. En décembre, elle formalise son impact et ses débouchés vers le Suriname. Début 2027, elle présente un dossier complet à INCO Ventures.

Troisième chantier : faire émerger d'autres Solicaz. Une victoire ne fait pas une stratégie. Au prochain rendez-vous, la Guyane doit arriver en délégation, avec plusieurs projets prêts à pitcher, de la bioéconomie à la réhabilitation des sites miniers. La vitrine est ouverte. À la Guyane d'y exposer autre chose que des promesses.

◆ CE QUE STRATEES PEUT FAIRE POUR AVANCER SUR LE SUJET ◆

Passer de la vitrine au portefeuille de projets, avant le bilan de fin d'année.

  1. Recenser les projets guyanais éligibles aux trois axes d'Outre-mer One et les classer selon leur degré de maturité, pour présenter une liste resserrée aux chambres consulaires et à la CTG.
  2. Structurer les dossiers des porteurs retenus aux standards d'un investisseur à impact : plan de financement, indicateurs d'impact mesurables, débouchés régionaux vers le Brésil et le Suriname.
  3. Mesurer les retombées réelles de Choose Outre-mer en Guyane grâce à un tableau de bord public (projets déposés, financés, emplois créés), pour éclairer le bilan territorial annoncé par la ministre.

Sources

  1. [1] Les Échos — Défaillances : les entreprises d'outre-mer asphyxiées par des « chocs en cascade » — 2026.
  2. [2] Agence française de développement — Lancement d'Outre-Mer One, le fonds à impact dédié aux Outre-mer — 2026.
  3. [3] Business France — Choose Outre-mer 2026 : de nouvelles connexions pour accélérer les projets ultramarins — 2026.
  4. [4] Le Figaro — Près de 6 milliards d'euros de projets d'investissement annoncés à l'issue du premier sommet Choose Outre-mer — 2026.
  5. [5] Opinion Internationale — Naïma Moutchou : « Outre-mer, 2027 : mes priorités jusqu'à la présidentielle » — 2026.
  6. [6] Cap-infos — Choose Outre-mer, le pari des atouts — 2026.
  7. [7] IEDOM — Synthèse annuelle 2025 de la Guyane — 2026.
  8. [8] Régions Magazine — Choose Outre-mer : 6 Mds€ investis dans les territoires ultramarins — 2026.
  9. [9] Outre-mer Tourisme — Investir en Guyane et dans l'Outre-mer : quelles opportunités d'avenir avec le fonds Outre-mer One — 2026.
  10. [10] Memento — Choose Outre-mer, 6 milliards d'euros ou la mascarade des investissements déjà programmés ? — 2026.
  11. [11] Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie — La Nouvelle-Calédonie annonce son premier sommet Choose NC 2027 — 2026.
  12. [12] Outremers360 — Choose Outre-mer : les chambres consulaires du Pacifique et Business France s'unissent — 2026.